Dans mon jardin

J’épluche tous mes textes en quête de bouts d’histoire qui n’ont pas besoin de leur contexte pour se raconter. Pour hausser le niveau de difficulté, je mets les mecs de côté. Mes héroïnes auront le monopole. Pour illustrer mon site, je maquille mon vieux clavier pour la page d’accueil, je sélectionne chaque image parmi ma collection personnelle, la photographie étant une autre de mes passions. Il ne manque plus que cette foutue bio d’auteure. Quoi vous révéler de mon jardin?

Dans mon jardin, se cache la fillette qui rêve de devenir romancière. Dans ma jeunesse, j’eus deux idoles: la princesse Leïa et Anne Shirley. La première m’inspira les affreux chignons sur le côté dont je suis coiffée sur toutes les photos scolaires de ma première à ma sixième année. Mes affinités avec la seconde étaient plus naturelles : le sale caractère, les taches de rousseur et la passion pour l’écriture. Et malgré son charme fou, Han demeure vachement trop fendant pour moi!

Je quittai les pignons verts au bout de ses dix tomes, mais je n’abandonnai jamais le rêve d’écrire. Dans la vingtaine, je faisais des ateliers de théâtre pour enfants afin de gagner ma vie, et avec mes amies en soirée pour le plaisir. J’écrivais des nouvelles, du théâtre, des chroniques d’opinion. Je débutai un roman laissé en suspens. Il est là dans mon potager, attendant son éclosion.

Je tombai ensuite amoureuse du milieu communautaire. D’abord animatrice et intervenante, je développai rapidement la piqûre pour la recherche de subvention, la rédaction de projet, l’organisation d’événement et la planification de service. Je gravis les échelons tout en terminant mon baccalauréat en communications avant de débuter une maîtrise en gestion et développement des organisations.

Dans mon jardin, il y a des gamins, beaucoup de gamins : les trois de mon conjoint, désormais adultes, une fillette envolée avant le premier câlin, trois beaux enfants bien vivants et un quatrième en processus. On l’attend, avec ses quelques mois d’expérience, sa petite valise et son pedigree bien à lui. Devenue adulte tardivement, enfin maman, Lézarde Fêtarde s’est radicalement transformée en Louve Workolique.

Entre la direction d’organisme communautaire pour l'enfance,  ma marmaille à moi et mon implication sociale, le temps me manque pour l’écriture. Les vœux germent et poussent les uns sur les autres, les uns contre les autres. Un jour, je me le promets, je terminerai mon roman. Pour le moment, je sème ici et là quelques graines.