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Cassiopée

Mis à jour : 19 avr. 2020

Nouvelle littéraire publiée dans la revue littéraire Le Passeur No 45 (Avril 2020)

http://fqll.ca/wp-content/uploads/2020/04/fqll-revue-Le-passeur_45-2020.pdf

Couchez-moi sous terre

Choisissez la plus lourde pierre

Une tombe anonyme

Prénommée Cassiopée

Ce prénom ne me convient aucunement

Les astres ne veulent pas de moi

Appelez-moi Emma, Léa, Chose ou Aye toé.

Comme vous voudrez… mais appelez- moi

Étudiante pour fuir l’engrenage

Chômeuse scolarisée en devenir

Célibataire sans enfants

Quelques amants

J’aime chaque homme plus que tous les autres

Ils me passent sur le corps ou sur le coeur selon leur guise ou leur humeur

D’une maigreur effarante, une symphonie sur mes côtes me changerait d’air

J’ai l’appétit d’une anorexique, la soif de vivre d’une boulimique

Je me goinfre d’envie et j’en vomis

Corps décharné habille âme crevassée

Tellement de trous que le vent et le froid passent sans scrupules

Tellement de trous que je ne peux retenir l’espoir et encore moins l’amour

Mon cœur est un terrain miné où personne n’ose se poser

J’ai le cœur amnésique

Il aime chaque fois comme il n’a jamais aimé auparavant

Il aime chaque fois, pour la première fois

J’ai le cœur aphasique

Il n’a jamais su s’exprimer

Son discours est une longue jérémiade

Un grincement de violon qui terrorise plus qu’il ensorcelle

Tu seras ma dernière tentative

Éventuellement un doux regret

J’aurais su être désirable et sensuelle pour impressionner tes amis

Érudite et spirituelle pour impressionner tes parents

Sotte et vulnérable pour te laisser impressionner les autres

Je sais être tout

Tu veux que je sois moi

La seule couleur qu’il me manque

Je suis l’eau qu’on infuse

Le pantin en quête de tes doigts

La page blanche attendant les mots qui seront siens

Je suis Cassiopée l’opportuniste

De toutes les religions

De tous les partis

Je suis le néant, écho de ta voix

Je ne te demande pas de m’aimer

Simplement de me le dire

Une phrase pour rattacher nos histoires

Une toute petite place dans ta vie pour espérer un sens à la mienne

Une parcelle d’oreiller pour mieux rêver

Gémir assez fort pour enterrer le doute

Mon cœur se désagrège

Donne-m’en un autre

Un tout neuf

Qui me germera dans le ventre

Un petit cœur qui saura s’échapper de moi, de mon cynisme

Pour gagner l’or auprès du tien

Une éternelle parcelle de nous

En moi le Sahara

Jamais rien de pur n’y germera

De partout le blanc m’envahit

Je me désintoxique de la vie

La douleur qui s’enfuit

Ma vie qui la suit

J’aperçois la lumière

La faucheuse me repère

Ce vieux barbu penché sur moi

Au bleu du ciel aurais-je droit?

Un ange vient m’effleurer


Ça semble doux l’éternité

Puis…

Le bruit

Les traitements

Un lit d’hôpital

Le moniteur s’emballe

Mon cœur m’a encore dupé

Ça sent la christ de vie sale à plein nez

La vie qui m’en veut

L’enfer et non les cieux


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