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Marie

Extrait de Nos aurevoirs

Roman

J’ai conçu trois petites chenilles, mais aucune n’a su déployer ses ailes. La première ne fut qu’une larve sortie de force de sa coquille. La seconde est une chenille incapable de construire son cocon. Et toi, splendide papillon, t’as refusé de prendre ton envol. Tu restais immobile dans l’espoir d’être remarquée, admirée, apprivoisée. T’as remporté un beau succès. Des admirateurs ont déferlé afin de te voir crucifiée, confinée dans ta petite boîte, exposée tel un trophée. Pourquoi ? Pourquoi attendre que la fatalité te foudroie ? Tu disposais d'antennes bien développées pour capter ce qu’il y a de laid et de malodorant, mais les subtiles et douces odeurs du bonheur ne se rendaient jamais jusqu’à toi. Tu possédais la grâce et la splendeur du papillon, mais t’avais les ailes en lambeaux, et tu refusais de l’aide pour les rapiécer.


J’ai mis bas deux fois, pour autant de petites bêtes. L’une n’a jamais pu, l’autre n’a jamais voulu. Sur un sentier droit et par moi défriché, vous aviez appris à avancer, à vous traîner, à faire votre bout de chemin. Tu étais si belle mais tu en rebutais plus d’un par ta noirceur impénétrable, par ton goût de la mort. Peu m’importait, tant que je pouvais te replanter dans mon jardin, m’occuper de vous deux, vous dorloter, vous consoler. J’ai peut-être eu le défaut d’aimer un peu trop ma mission. Être parent consiste habituellement à apprendre à ses enfants à se débrouiller sans eux. Cependant, ma liste de tâches divergeait de celle des autres mamans. Le premier contrat que j’ai signé devait se poursuivre pour l'éternité. Trente-quatre/trente-deux ans plus tard, Mélanie jette encore sa nourriture par terre lorsqu’elle est en colère.


Avec toi, j’ai perdu ce pouvoir de remplir les vides et les carences. Tu t’es laissée envoûter par des parfums de romance. Mon amour est vain et stérile. Je suis comme un arbre mort, vide de ma tendresse. De nouveaux mirages t’ont détournée de moi. Mais toi, tu ne te nourris pas d’éphémère. Tu es donc restée là, la bouche ouverte, sans un mot (jamais un mot) pour avaler toute l’injustice, toute la misère du monde…et le rêve, s’il venait qu’à passer par là. Ce n’est pas si grave que tu l’aies manqué. Il repassera. Il te restait la moitié d’une vie pour trouver le bonheur, ou un peu de douceur. Pourquoi abandonner si rapidement? Pourquoi nous abandonner, nous qui t’aimons tant ?

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