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Scarlette

Extrait de mon roman à venir "Des avions de papier"





La solitude est un sale virus agressant qui sape le moral. Parfois, telle une grippe qui donne droit à une journée de paresse. J’ai la solitude pathologique, qu’aucune caresse ne réconforte, que nulle présence n’atténue.


Je vis seule. Je suis étudiante. Un statut qui me sied bien. Un rôle d’éponge. Prendre beaucoup, donner peu. L’étudiant ne travaille que pour lui, pour un futur abstrait. Universitaire depuis cinq ans, je fais la tournée des institutions et de leurs programmes. Histoire de l’art. Littérature. Science politique. Curieuse, je m’intéresse à tout, surtout ce qui ne mène à rien. Ici, tout le monde se croit marginal, mais ils partagent tous la même singularité. Entourée d’idéalistes qui refont le monde, je croise Che Guevara, Jésus, René Lévesque et quelques prophètes chaque matin.


Les pauvres ont la foi. Au Tiers monde, ils croient en Dieu. À l’UQAM, ils croient en eux. Un idéalisme mieux adapté à leur nombrilisme d’enfant roi. Sous mon toit, la reine ce n’était pas moi. C’était une idiote, une vraie, qui n’a que son statut et de l’amour obligé à pavaner. Certains rois, devenus sauveurs, étudient à l’école de la sorcellerie afin de changer le monde. Maîtriser la magie blanche pour éliminer l’ennemi ; le capitaliste, le fédéraliste, mais surtout, l’étudiant en gestion, ce sale traître qui partage le même toit que le magicien Uqamien. L’apprenti sorcier fait de beaux discours politiques, sociologiques, écologiques sur du papier non recyclé, car le contraire coûterait trop cher. Il brandit ses connaissances non validées, son mépris et ses pancartes aux visages taciturnes de la réussite. Lorsqu’il en a marre de refaire le monde, de noyer son dégoût dans la potion, il agite son bac magique. Abracadabri abracadabra, mais rien ne se passe. Il chôme… Que faire ? Poursuivre ses études et devenir maître sorcier. Enseigner à de jeunes utopiques convaincus de réussir là où il a échoué. Ou, se trouver immédiatement un emploi sécurisant offrant un salaire décent remis par un ennemi du passé.


Sous le bureau, ne pas croiser les genoux pour ne pas les heurter. Ne pas allonger les jambes pour ne pas croiser celles du voisin. Ne pas laisser ses coudes prendre leur aise. Repliée en position estudiantine, s’abreuver des paroles d’un autre, de sa vérité obliquée. Prendre une place invisible et muette. Attendre. Attendre d’être prête, d’être suffisamment costaude. Se développer. Mais surtout… Représenter une source d’espoir. N’être qu’au futur. N’exister que dans les attentes d’une société exigeante. Se cacher. En sécurité. Mais, le système en a marre de porter en son ventre de petits êtres inaptes.


Je suis première de classe. De toutes les classes ou presque. La deuxième et troisième positions constituent des positions de perdants. Trop près du but pour nier l’espoir d’y accéder. Mon travail acharné et mes résultats ne s’expliquent pas par l’ambition. Ambitionner de devenir qui ou quoi ? Je rêve de n’être rien. Mais par le mépris. Faire taire ces mauvaises langues qui m’accusent de flâner sur les bancs d’école, de dilapider leur argent. Quels cons! Il y a peu d’avantages à étudier. Je travaille plus fort que toutes ces vipères réunies et je demeure sans le sou. Mais surtout, je dépends d’eux. Le statut d’étudiant n’est donc pas un rôle enviable... mais il me sied bien. Que ferai-je après ?


Je hais les artistes. Leur ego flotte au-dessus du monde et des préoccupations terrestres. Assistez à tout ce qu’ils font, regardez-les, flattez-les, aimez-les, mais ne leur demandez jamais rien. Ils sont! Ça devrait vous suffire ! Les barbus des départements de sciences humaines sont tout aussi irréalistes et prétentieux, mais ils ont quelque chose d’attachant. Est-ce le fait que leur foi dépasse leur nombril ? Non, l’autre n’en vaut pas la peine. Leur mépris me rassure et m’amuse. Mais, ça demeure des super héros malgré tout. Et moi, dans une bande dessinée, j’étouffe ! Alors, l’an prochain, je me chercherai à nouveau. Si j’y suis. Me trouver une place. Un lieu où je serai seulement bien et où je saurai m’en contenter.

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